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Thomas Zuber, Alexandre des Inards
L’open space m’a tuer
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L’open space m’a tuer est un témoignage écrit par deux jeunes cadres trentenaires passés par Science-po et qui livrent leur désabusement sur le monde de l’entreprise. Promis à un brillant avenir de cadres, ils se sont retrouvés dans un univers assez éloigné de leurs attentes dont ils essaient de décrypter les codes et les dysfonctionnements.
Avant de poursuivre, il faut préciser que cette critique du monde du travail vise un sous-ensemble particulier de métiers qui constituent le gros des débouchés de ceux qui ont fréquenté les écoles de commerce etc (consultants, chefs de projets, chefs de produit, etc). C’est une catégorie de travailleurs intermédiaires qui constitue la classe moyenne. C’est aussi la nouvelle chair à bureau, surtout dans la mesure où ils n’ont pas gravi l’échelon supplémentaire qui leur ouvrirait l’hypothétique avenir auxquels ils pensaient avoir droit.
Alexandre des Inards et Thomas Zuber décrivent donc à travers des chapitres courts, dominés par des exemples qui illustrent leur propos, certaines dérives liées aux métiers de ces catégories socioprofessionnelles. Une grande partie du monde du travail peut cependant les comprendre ou se les approprier. Ils évoquent donc pêle-mêle : le développement d’un charabia propre à ces métiers ou d’une novlangue, qui quand elle n’est pas simplement pathétique ou jargonisante sert à cacher une réalité assez pauvre ou brutale, la dictature du paraître qui vous oblige à être de bonne humeur constamment, à gérer votre image, votre réseau et à exposer votre moi outre mesure, l’impératif du surmenage ou surbooking qui nie toute velléité de vie privée et d’individualité – Le loisir moderne ? L'art de brasser du vent travesti en surmenage Pascal Bruckner in La tentation de l'innocence.
L’absence réelle de management et d’encadrement déguisée en une autonomie et une liberté fallacieuses, l’omniprésence du stress et des stratégies de flicage et d’asservissement qui éreintent le travailleur, tout comme la multitude d’outils d’évaluation sont également exposées: violence des échanges en milieu tempéré.
J’en passe sur les sujets traités qui concordent à montrer une souffrance du moi au travail qui est liée à une insatisfaction profonde et à un contexte anxiogène et absurdement dérégulé. Il est facile de s’identifier ou de repérer des situations similaires à celles exposées dans le livre dans sa propre vie – avec un peu d’imagination en tout cas. Ceci explique sans doute le succès du livre. Le constat est souvent juste.
Pour autant, il faut dire que l’open space m’a tuer reste un ouvrage parfois simpliste. L’argumentation n’est pas assez poussée, elle fait l’impasse sur certaines problématiques et a souvent recours à des raccourcis convenus – le mal être au boulot est tout de suite lié à une quête de sens (argent, reconnaissance ?), les autres types d’emploi sont forcément plus valorisants sur le plan humain, le rôle des individus est minimisé par rapport à celui des structures (non, non je ne suis pas un adepte forcené de Weber et de son individualisme méthodologique) etc. Les auteurs ont aussi décidé de faire primer les exemples, les situations sur la réflexion, ce qui est parfois dommage car ceux-ci sont assez souvent extrêmes, pas toujours fins. C’est en partie la raison pour laquelle le livre apparaît comme une somme d’anecdotes, en dépit d’une certaine cohérence.
L’open space m’a tuer se lit très rapidement et s’oublie aussi vite même s’il peut renvoyer beaucoup d’entre nous à une amère réalité du travail et de l’entreprise. Il peut servir de point de départ vers des œuvres plus denses et plus générales avec des thèmes proches (le culte de la performance – Alain Ehrenberg) ou simplement faire passer 2 heures.
PS : je suis cadre dans une entreprise et je travaille en open space…
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