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Tevis, Walter
L'oiseau d'amérique (+++)
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Chez Walter Tevis, il y a deux dimensions indissociables: la science-fiction et l'humain. La première ne semble toujours qu'un cadre pour mieux explorer la seconde à travers les personnages. Et les personnages, c'est ce que Walter Tevis fait de mieux. Des héros mélancoliques qui cherchent désespérement du sens après avoir déchiré le voile du réel. Dans l'oiseau d'amérique, il y a Spotforth le robot supérieur suicidaire, envahi par la condition humaine, Paul et Mary-Lou les rescapés involontaires d'une société totalitaire d'une drôle de façon. Ces héros évoluent en effet dans un cadre de dystopie original. Leur société a poussé au maximum la notion de plaisir, rejetant ainsi la culture, l'ambition, grâce à un monde d'abord servi, puis ensuite contrôlé par les robots. Ce monde hyperindividualiste meurt d'un idéal de solitude et de plaisir qui le conduit vers l'extinction dans un délire de drogue et de technologie. La comparaison au meilleur des mondes n'est pas fortuite, quelques codes de la dystopie, quelques emprunts aux réussites du genre, donnent de la matière à cette oeuvre sensible. Le terme est adéquat et réflète l'originalité de l'oeuvre. La sensibilité et la mélancolie y sont d'une rareté inégalée dans le monde de la science-fiction. Il y a dans ce livre, un surcroît d'humanité pour une découverte et une redécouverte de soi, du monde, de la culture, du savoir, du lien social. Il y a des pages chaudes et brûlantes de cette humanité un peu triste, défaite, mais si belle, volontaire dans sa marche vers le renouveau. Et évidemment, le livre, la lecture, la littérature ne sont pas innocents dans ce grand chamboulement. Bien.
L’homme tombé du ciel (+++)
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Considéré uniquement du point de vue de la science-fiction, ce récit paraît assez simple, pauvre en effets, d’un imaginaire limité. Pas d’anticipation géniale, pas de monde pervers, pas d’innovations, pas de grandes descriptions. Et c’est peut-être par là qu’il déborde son genre - comme toutes les grandes œuvres de science-fiction - pour nous toucher. Newton est parvenu sur terre au bout d’un long voyage pour une mission bien précise, sauver sa planète d'origine. Mais voilà, le temps passe et la mission s'éloigne, Newton se perd. Il y a quelque chose de profondément triste dans l’histoire de cet extraterrestre exilé sur cette terre. Quelque chose qui éteint le fantastique pour aller vers l’humanisme. On est loin de la dystopie classique malgré la critique des affres du progrès, des armes, de la lente destruction de la planète. Le livre est porté vers une autre dimension par le personnage de Thomas Newton l'extraterrestre. Le lecteur est convaincu par sa quête de sens et d’identité, par son désespoir, sa mélancolie, par la fatalité. Il y a quelque chose de romantique chez ce héros vaincu par une nostalgie et une impuissance à vivre, à réaliser son destin, sa mission, quelque chose qui nous en dit plus sur l'humain que sur l'extraterrestre evidemment. Pourquoi ne parle t-on pas plus souvent de ce livre quand on évoque les chefs d’œuvre de la science-fiction ?
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