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Suter, Martin
Le diable de milan (+)
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La dernière œuvre parue de Martin Suter est moins réussie que les précédentes et est surtout à conseiller aux lecteurs qui ne sont pas familiers de l’écrivain suisse. Pour les autres, le diable de milan apparaîtra comme une redite de ses précédents romans, plus fade, moins surprenante, redondante même. Le talent est pourtant là et avec lui tous les éléments qui ont fait le succès de cet écrivain. Il y a peut-être juste un peu d’usure ou d’habitude. Sonia, l’héroïne, est une récente divorcée. Elle fuit son ancienne vie de femme au foyer de richissime suisse et un mari violent pour l’hôtel Gemander. Objectif nouveau départ par une reprise de la vie active. Seulement, suspens, une série d’incidents plus ou moins dramatiques arrivent dans son nouveau cadre de vie et semblent poursuivre la trame d’un conte célèbre, le diable de milan. Tout ceci est-il seulement le fruit du cerveau de Sonia endommagé par un trip au LSD ou alors comme souvent les paysages froids et les univers feutrés de la société suisse cachent d’affreux secrets ? L’ouvrage délivre donc sa petite dose de suspens - un peu diluée malheureusement - la traditionnelle critique de la société suisse et de ses apparences - pas originale avec un air de déjà vu - ainsi que le petit supplément scientifique lié au mystère du cerveau et de la conscience de la réalité - moins essentiel à l’histoire et moins exploité. De belles descriptions de paysages hivernaux et montagnards suisses et une ambiance oppressante de suspicion viennent compléter le tout pour faire du diable de milan, une œuvre qui se laisse lire, mais qui est assez décevante et quelconque pour les fans de martin Suter. Moins réussi.
Lila,Lila (++++)
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Comment écrire une histoire d'amour forte de nos jours, sans tomber dans la bluette, les clichés, l'affligeante banalité ? En laissant Martin Suter s'y essayer. Ce brillant auteur, dont les trois livres précédents ont été très convaincants, relève le défi avec brio. Il va plus loin, Lila, Lila, ce n'est pas seulement un livre sur l'amour ou l'échec amoureux, mais aussi un livre sur l'imposture. David Kern, serveur de 23 ans, trouve un manuscrit et se fait passer pour l'auteur afin de séduire Marie. A partir de cette trame, l'auteur explore le thème de l'imposture déjà présent dans ses ouvrages précédents, avec les questions que tous ses personnages finissent par se poser: qui suis-je réellement ? Quels sont les motifs profonds de mes actes ? L'auteur est toujours aussi habile dans le jeu autour des personnalités. C'est limpide, profond et juste. Les adjectifs ne manquent pas surtout que cette mécanique parfaitement huilée entretient le suspens, déjoue nos attentes et nous ouvre les portes sur l'arrière-cour pas toujours reluisante du milieu littéraire. Il y a une lucidité sur les méandres de l'esprit, des désirs humains, un savoir-faire qui me forcent à une comparaison osée et flatteuse. A bien des égards, cet auteur me fait penser à Léo Perutz.
La face cachée de la lune (+++)
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Martin Suter aurait pu être un bon auteur de polars, il est plus que cela. Il dépasse le suspens, l’intrigue, tous les ingrédients du genre. Il y a un plus qui ne se résume pas au style plaisant et envoûtant. Quelque chose dans le cœur, la trame toujours très documentée de ses livres. Il est fasciné par le cerveau dont il joue habilement du mystère et des méandres pour livrer des réflexions profondes sur la nature humaine, les recoins de la personnalité ainsi que sur la société suisse. Dans un ami parfait et dans Small world, des pathologies servaient de ressorts à l’intrigue et à ces réflexions, dans ce roman, c’est un champignon hallucinogène. Ce dernier va entraîner une modification de la personnalité de Urs Blank, avocat huppé d’un grand cabinet d’affaires suisse. Les effets du champignon permettent un jeu autour d’une crise de personnalité du personnage principal, d’un retour à la terre et à soi-même. Le tout est accompagné d’un portrait très peu flatteur des mœurs des milieux d’affaires suisses. Difficile de ne pas être emporté, de ne pas être impressionné par l’érudition de l’auteur sur le sujet, par sa maîtrise de l’humain si perceptible dans ses personnages. Le seul reproche que l'on peut adresser au livre est une perte momentanée de souffle à ses deux tiers qui ne nous empêche pas néanmoins de l’apprécier à sa juste valeur.
Small World (+++)
Une nouvelle variation sur le thème de la mémoire. Cette fois, c’est la maladie d’Alzheimer - le livre est d’ailleurs très bien documenté - qui sert de support à Martin Suter pour structurer son récit. L’intrigue se dévoile progressivement en même temps qu’évolue la maladie qui frappe le héros. Le suspens est ainsi habilement distillé et le lecteur est captivé. La poursuite des souvenirs de Conrad Lang va finir par révéler un terrible secret dans un final retentissant. On se surprend à se croire dans un roman policier au fur à mesure que monte la pression. Martin Suter en profite pour dessiner un portrait sans concession de la haute société suisse et de son univers glacial et opressant, mortifère. Dissimulée derrière sa vitrine dorée, la puissante Famille Koch - et son impitoyable matriarche Elvira Senn - cache de bien terribles secrets. Elle est le symbole de cette Suisse que l’auteur démaquille habilement, lentement. Réussi et prenant.
Un ami parfait (+++)
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Autour de la question de l’identité et de la mémoire, un bon roman. Fabio Rossi se réveille à l’hôpital, amnésique, la mémoire délestée des cinquante derniers jours qui ont vu le renversement de toute sa vie. L’intrigue est lancée, haletante, intelligente. On suit Fabio Rossi sur les traces de ce récent passé véritablement déroutant. Martin Suter jongle habilement avec les genres, flirtant avec plusieurs d'entre eux. On est entre le roman policier, le roman psychologique et la quête de soi. L’enquête est réellement passionnante, qu'est-il arrivé à Fabio Rossi, journaliste qui enquêtait sur une histoire suspecte concernant un grand laboratoire ? Quel piège s'est refermé sur lui ? Le suspens est savamment ménagé alors qu'on remonte le fil des jours et l'enquête du personnage principal. Le livre creuse la problematique du rôle de la mémoire dans ce que nous sommes. Qui sommes nous vraiment ? Savons nous qui nous cachons en nous ? Est-il si facile d’être littéralement quelqu’un d’autre ? Quel est le rôle de la mémoire dans ce que nous sommes ? La question n’est pas traitée à la légère. Beaucoup de noirceur, de suspense, de profondeur, de réalisme, d'intelligence. Excellent.
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