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Silverberg, Robert
L’oreille interne (+++)
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David Selig est télépathe, capable de lire les pensées des autres êtres humains, de sonder leur esprit. Un immense pouvoir qui l’habite depuis son enfance et qui a agi comme une malédiction. David Selig est un homme solitaire, écarté des autres humains par ce don terrifiant qui dénude la réalité, les âmes à l’extrême. Que peut bien être la vie d’un homme qui se retrouve ainsi confronté en permanence à l’essence des autres ? La vie de David aura été un enfer en raison de cette spécificité qui l’a rongé de l’intérieur. Impossible de nouer des relations normales avec les autres, de révéler son secret, de vivre une vie innocente. Bien sûr il y a la voie de Tom Nyquist un des rares autres comme David qui exploite sans vergogne son don pour jouir pleinement de la vie et s’accomplir, profiter des autres, mais David n’est pas de ce bois là. Le sentiment de culpabilité, d’isolement le mènent à subir son pouvoir. L’identité juive y est-elle pour quelque chose ? De son enfance jusqu’à son adolescence partagée entre la félicité et la puissance que procure son don et sa difficulté à vivre avec lui, David va détruire sa vie, ses rares amours, se perdre à la recherche de ce qu’il est, du chemin à suivre. Le thème de l’inadaptation, de l’incommunicabilité est traité de manière très originale, touchante. Le témoignage de David Selig est un vibrant témoignage, ode à ces êtres un peu gauches, un peu déroutés, un peu mal fichus pour ce monde, des albatros qui essaient de survivre comme ils peuvent, utilisant mal leurs atouts. Ou comment un pouvoir et la responsabilité qui en découle écroulent de l’intérieur un être trop sensible, une âme poétique qui se trouve doublement bancale dans un monde sans pitié. Ce qu’il y a de formidable dans cette œuvre, au-delà de la fraîcheur du style sous la forme de la confession, c’est le fait que Robert Silverberg choisisse de faire parler son héros à la quarantaine, à un moment clé de la vie où il se trouve que son pouvoir se délite, jusqu’à la disparition. Le thème de l’inadaptation, de l’incommunicabilité se double donc de celui de l’impuissance, du déclin de la perte. Grande métaphore. David a vécu son pouvoir comme une malédiction, mais il faisait partie de lui, le rendait spécial, définissait une partie de son identité en dépit de tout le malheur dans lequel il a pu l’entraîner. Et voilà qu’il ne veut plus le perdre au moment où l’inéluctable est à la porte. Impuissance et nostalgie qui sont un peu le lot de l’inadapté. David résiste vainement à la disparition de son pouvoir, il ne peut plus rien faire que survivre et s’adapter, et ses souvenirs n’y changeront rien. Cette fin de son pouvoir s’accompagne d’un bilan cruel de son existence qui s’est construite et a évolué par rapport à cette spécificité. Ce livre est d’une tristesse douce diffusant un sentiment d’ébranlement, de perte, d’impuissance et de fatalité grâce au fantastique personnage de David Selig.Que reste t’il à la fin sinon le silence, une défaite digne pour David, une poésie amère qui est notre fatalité collective.
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