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Selby Jr, Hubert
Waiting period (++)
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Il souhaitait juste mettre fin à sa vie, partir tranquillement, foutre la paix à tout le monde et à lui-même, mais voilà, une simple procédure informatique remet à quelques jours l’acquisition de l’arme qu’il comptait utiliser. C’est durant cette période d’attente que lui vient une idée qui va donner un sens à son existence et le faire revenir sur sa décision de mettre fin à ses jours. Au lieu de se donner la mort, pourquoi ne la donnerait-il pas à ceux qui la méritent plus que lui ? Partout dans le monde, il y a des salauds qui ne méritent rien de plus que le châtiment suprême pour tout le mal qu’ils font aux autres, pour leur capacité de nuire aux autres, de compliquer le système et d’en profiter. Il faut que justice soit faite et ces êtres punis. Ce sera donc sa mission à lui. Voici le point de départ d’une folie dans laquelle bascule un homme déçu et frustré. Car au fil du livre, le lecteur prend conscience de la pauvreté, de la vacuité de l’existence de cet étrange justicier en herbe. Il s’agit avant tout de l’histoire d’un homme plongé dans une extrême solitude. Le héros n’est pas un vrai désespéré, même s'il tente plusieurs fois de se suicider, sans y arriver, pathétique. En fait, c’est un laissé pour compte du miracle américain, un de ceux qui restent sur le bas côté à voir filer les voitures, un frustré, un de ceux à qui la défaite révèle dans une cruelle lucidité les failles du système, l’impitoyable loi de la jungle qui s’applique d’une certaine façon à la société - américaine en l’occurrence. Pas de liens sociaux, aucune réussite, une conscience livrée à elle-même et à sa déception, qui s’enflamme, se consume et se lance dans une entreprise folle comme seule l’époque peut en générer (qu’elle a généré d’ailleurs avec par exemple le cas des enveloppes à l’anthrax, les tueries aveugles etc). Il y a un moment bref, flou où le personnage principal bascule de l’autre côté et devient cette espèce de justicier affranchi de la réalité, des règles, du réel. «Le fou n'est pas l'homme qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu, excepté la raison.» dit Chesterton. Y a-t-il phrase plus appropriée pour décrire ce personnage qui n’a plus rien dans la vie sauf une conscience brutale de son propre échec, de sa propre solitude, du monde injuste et qui entre dans un mode de fonctionnement à proprement parler hallucinant ? Etre dans la tête du tueur grâce à Hubert Selby Jr. Voici les entrailles d’un maniaco-dépressif pourrait-on dire. Voici mon fils aussi semble dire l’auteur qui parfois prend un peu de distance, observe son personnage et s’attendrit sur son triste sort, sur lui et sa mission désespérée. En dépit de quelques longueurs et d’essoufflements passagers, c’est du Hubert Selby Jr dans le texte, cru, cruel, parfois lancinant, parfois christique. Il est toujours enfoncé dans les failles de l’Amérique contemporaine, dans ses maux et ses vices, peut-être un peu émoussé par moments, usé à la fin, mais tellement cinglant dans l’idée, dans le verbe, lors de ses passages réussis.
Chanson de la neige silencieuse (#)
Je suis déçu par ce recueil de nouvelles d'Hubert Selby Jr. Il est trop inégal, bien souvent trop faible. Peu de nouvelles surnagent et arrivent à accrocher le lecteur. On ne retrouve que par moments, comme des éclats de pierres précieuses dans la boue, ce qui fait d'Hubert Selby Jr un écrivain unique. Quelquefois, il y a ces phrases, ces passages, ces instants d'une rare violence sentimentale, d'une tristesse douloureuse, d'une détresse insurmontable qui nous rappellent ce qu'Hubert Selby Jr peut faire. Dommage que ce ne soit que des soubresauts qui ne tirent qu'épisodiquement le lecteur d'un ennui général. On est loin de l'excellence des romans d'Hubert Selby Jr. Bof.
Le saule (++++)
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Un mot, un seul vous hante apres la lecture de cette oeuvre: redemption. L'auteur est revenu des meandres les plus obscurs de l'existence et de l'autodestruction a travers l'alcool, les drogues, la depression avec une intrigue, un livre bati autour d'un message et d'une ecriture christiques. C'est l'histoire d'un jeune noir enrage, taraude par la haine apres un passage a tabac par une bande de jeunes portoricains simplement parce qu'il a eu le tort de sortir avec une fille de cette communaute convoite par le chef de la bande. L'histoire de la rencontre de ce jeune noir avec Moishe, un vieil homme solitaire hante par le passe et le spectre de l'amour. L'histoire de deux resurrections sorties du plus profond de l'amitie, de l'ame. Mais on est dans le Bronx, et l'auteru s'appelle Hubert Selby Jr, alors la violence, les dechets, la pauvrete, l'horreur hantent chaque page. Voici la face cachee de l'amerique qu'il n a jamais cesse d'evoquer avec crudite, avec les armes de son ecriture orale qui retranscrit, le parler vrai, rend la realite dans une prouesse constante qui n'oublie pas de faire entendre sa voix a lui, entetante, percutante, vivace, pour marquer les mots, les moments intenses, le message. C'est bien le Hubert Selby que l'on aime, mais un Hubert Selby apaise, ce qui se ressent dans le denouement et dans le personnage de Moishe. L'auteur glisse un peu d'espoir, et de sentiment dans son enfer, dans l'enfer des bas-fonds. Certains oseront dire qu'il se trahit peut-etre un peu, qu'il est moins virulent, mais ceux-la n'auront rien compris a l'evolution de l'auteur, ils n'auront pas eu les larmes aux yeux, non pas en vertu du chantage sentimental tant a la mode en litterature, mais simplement en raison de la force et de la luminosite de ce livre b-o-u-l-e-v-e-r-s-a-n-t.
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