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Mc Ewan, Ian
Sur la plage de Chesil (+++)
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Florence et Edward s’aiment. Le bonheur leur semble promis lorsque nous les retrouvons le soir de leur mariage, au moment du repas précédant la nuit de noces. Seulement, il se trouve que les tourtereaux ont réservé leur première expérience charnelle pour cette nuit singulière. Lentement, avec un art fin et délicat, Ian Mc Ewan raconte l’appréhension, les doutes, les hésitations, les interrogations des deux protagonistes de cette tragi comédie dont le pinacle est un fiasco édifiant.
Ian Mc Ewan écrit un livre original sur le sexe. Plaçant ses personnages dans l’Angleterre pré soixante-huitarde, il dit les dégâts que pouvaient occasionner la chape de plomb d’avant la révolution des mœurs. Au-delà du contexte historique, l’auteur britannique aborde avec intelligence et sensibilité, comme c’est si peu souvent le cas, les failles qui béent sous la trinité du sexe, de l’amour et du couple. Le drame qui se noue si près de la plage du Chesil dit comment les sentiments, l’attirance, l’amour, la colère, la frustration, la peur, etc. ne se démêlent pas vraiment de la sexualité en abordant aussi bien le spectre de la frigidité, l’éjaculation précoce, le manque d’expérience, l’insatisfaction ou encore la misère sexuelle.
La puissance du roman est contenue mais prégnante pour le lecteur. La mécanique du livre est certes classique mais efficace, reposant sur une structure simple : l’alternance de points de vue qui de flashbacks en flashbacks nous aident à comprendre les histoires de Florence et Edward et leur histoire. Dépassant le sexe, Ian Mc Ewan explique les tenants et les aboutissants qui ont mené au fiasco de cette nuit de noces, à cet échec. C’est comme si l’auteur britannique nous disait, voilà comment ils en sont arrivés, là, regardez les prémisses de leur échec étaient là, visibles.
Les portraits, les biographies de Florence et d’Edward montrent le talent d’un écrivain qui sait donner de l’épaisseur à ses personnages, pour qu’une force et un intérêt supplémentaires s’ajoutent aux thèmes traités. En effet le contexte familial dramatique d’Edward, la vocation artistique de Florence, les différences de classes entre eux confèrent une certaine densité à l’ensemble. Tout comme la finesse de l’analyse psychologique menée par Ian Mc Ewan. Le final du livre est empreint d’une mélancolie et marqué du sceau de l’échec. Il projette une lumière encore plus terrible et dérangeante sur le drame de la plage de Chesil.
J’ai aimé.
L’enfant volé (++)
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La vie de Stephen, auteur à succès de livres pour la jeunesse, bascule le jour où Kate sa petite fille est enlevée au supermarché. C’est le premier pas de la chute pour cet auteur d’ouvrages à succès pour la jeunesse. Cet évènement va briser le couple harmonieux qu’il forme avec Julie. Il va le plonger dans une longue catatonie, apathique, incapable de trouver goût et sens à ses activités, à son existence, s’enfonçant progressivement dans l’alcoolisme et l’abandon de soi, le désoeuvrement. Ian Mc Ewan décrit sans pathos, avec justesse et précision la fêlure des êtres. Il montre comment le chagrin, la douleur, les regrets, les remords viennent tourmenter Stephen, comment le couple est mis à l’épreuve par cette catastrophe. Il détaille avec minutie la faillite intérieure de son personnage principal et tisse une histoire touchante et difficile sur le deuil, le pardon et la résilience. Il expose la fragilité des vies et des relations que nous construisons, qui peuvent basculer à tout instant d’un côté comme de l’autre. L’enfant volé est un roman avec des variations sur l’enfance ou l’innocence perdue. Le drame que vit Stephen est une porte ouverte vers sa propre enfance et l’histoire de ses parents. Son drame personnel le pousse à réexplorer son enfance, son histoire personnelle et à déchirer définitivement le rideau des prémisses de son existence. L’histoire de son ami et ancien éditeur, Charles, un politicien brillant dont les clés de vie sont contenues dans son enfance, vient compléter ce tableau. Il est juste dommage que quelques longueurs et une fin un peu facile, assez fleur bleue et convenue, viennent amoindrir la force d’une œuvre remarquable par la finesse de l’analyse psychologique et la densité des personnages.
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