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Koestler, Arthur
La lie de la terre (++++)
Je suis un inconditionnel d’Arthur Koestler, admiratif devant cette existence et cette œuvre empreintes des turbulences du vingtième siècle. Chacun de ses livres est un combat contre les démons idéologiques et les souffrances physiques et mentales qu’ils ont imposé à la quasi-totalité de la planète. A chaque fois, je suis bluffé par l’intelligence du récit, la profondeur de l’analyse psychologique, et la justesse des réflexions, le tout enveloppé dans une écriture sobre et subtile non dénuée d’humour et de dignité malgré l’apreté du propos. Il s’agit ici d’un fait de la seconde guerre mondiale relativement passé sous silence. Durant le conflit, tous les étrangers de France – la même chose s’est sans doute produite dans tous les pays – ont subi diverses exactions et persécutions qui ont fait d’eux la lie de la terre. Arthur Koestler raconte donc une année de son existence, symbolique de ce qu’ont vécu ces indésirables, qui pour la plupart étaient des opposants aux fascismes européens. Arrêté dès la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, il va connaître toutes sortes de péripéties qui vont le mener au camp du Vernet, fleuron du camp de concentration et de travail à la Française. Mais le livre dépasse cette expérience pour raconter aussi l’attente de la guerre, les tracasseries administratives, la déliquescence de la France et de son armée, l’exode après la défaite, l’armistice, la désertion et l’errance des soldats notamment en attendant la démobilisation, les tentatives de fuite vers l’étranger, plus particulièrement les Etats-Unis et l’Angleterre. Impossible de synthétiser cette mine d’informations, d’expériences, d’existences. Il suffit seulement de parler de photographie unique de cette période, selon l’angle d’un pestiféré. C’est fort, intelligent et parfois simplement touchant ou magnifique – les pages sur Mario. Je pourrais être intarissable sur ce livre mais je me contenterai d’un seul mot : indispensable.
Croisade sans croix (+++)
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Arthur Koestler est un témoin capital du XXème siècle. Impossible de faire l’impasse sur cet auteur. Dans croisade sans croix, il se lance dans une étude subtile et profonde des motivations qui ont entraîné des millions de gens dans le carcan du communisme. Peter Slavek, le personnage principal, est le symbole de toute une génération qui a rêvé tout haut à l’aide de cette idéologie d’un monde meilleur, différent, plus juste, avant de se heurter à la réalité plus obscure, plus cruelle, plus opportuniste du parti communiste et du stalinisme. Réalité, désillusion qui ne les ont pas totalement dépossédés de leur rêve d’un autre monde. On comprend à travers l’analyse psychologique poussée de Peter, la puissance, le charme du communisme, du combat idéaliste, ses racines profondément ancrées dans l'histoire personnelle et le passé de chacun. Cette foi s'appuie souvent sur un ressort très intime, émotionnel. L’habileté d'Arthur Koestler consiste aussi à confronter son personnage à des idéologies contraires par le biais de personnages secondaires afin de mener la réflexion à son terme. Bernard représente ainsi le fascisme ou plus précisément le nazisme à l'état pur et Sonia avec ses idées de liberté, de déracinement, de jouissance préfigure un peu l’homme moderne, capitaliste à venir avec la société de consommation, du loisir, du déplacement, du déracinement. Croisade sans croix nous permet de saisir la difficulté d'évoluer dans cette époque au carrefour des vents contraires du fascisme, du communisme et du capitalisme. Une époque où le choix pesait lourd. Après, c’est du Arthur Koestler, l’ambiance, l’immersion dans l’histoire, dans ses horreurs, de la solidité, beaucoup d'intelligence et de convictions, une certaine élégance de style. Bien.
Le testament espagnol (++++)
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Arthur Koestler se rend en Espagne durant la guerre civile. La république est assiégée, étouffée par la progression des forces nationalistes de Franco soutenues par l’Italie et l’Allemagne. Le journaliste anglais d’origine hongroise dresse un portrait saisissant et pathétique de la résistance républicaine, de ce pays déchiré. Il raconte aussi la prise de Malaga, la fuite des milliers de gens, les massacres, l’horreur de cette guerre avec un réalisme prenant. Nul besoin de pathos, d’excès, Koestler est juste et fait mouche à chaque phrase. Seulement voilà, sa témérité va lui jouer un sale tour puisqu’il est captivé à Malaga et emprisonné, puis condamné à mort pour sympathie communiste et pour quelque règlement de compte avec un général franquiste. Commence alors un autre livre, sur l’emprisonnement. Koestler passe trois mois dans une prison à Séville et arrive à en tirer l’essence de l’enfermement. Son obsession, sa tentation de la vérité dénude le face à face de l’homme isolé avec lui-même, l’attente, la peur au ventre parce que le couperet de la fusillade n’est pas loin, les états d’âme, et bien plus. Là encore, la lucidité, le sens de l’observation et la pertinence de la réflexion de Koestler font de cet ouvrage un chef d’œuvre. Koestler est un auteur incontournable du vingtième siècle parce qu’il a eu une prise directe avec les principaux évènements terribles, qu’ils les a digérés et que surtout il les a rendus avec un talent qui mérite hommage et louange.
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