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Everett, Percival
Blessés (+++)
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John Hunt est un noir qui a décidé de vivre à l’écart du monde. Il s’occupe de dresser et d’élever des chevaux dans son ranch perdu dans l’arrière pays américain froid, dur et sauvage. Pour toute compagnie humaine, il a un vieil oncle sage qui a connu la prison pour meurtre et sa voisine avec qui il essaie de construire une histoire d’amour maladroite. Les passages sur la vie de John, son quotidien, sont lents mais beaux, ordinaires mais dotés d’une certaine force. Percival Everett trace le portrait d’un homme qui refuse d’une certaine façon de s’impliquer trop loin dans la vie et dans les inévitables compromissions. Le portrait d’un homme brisé aussi par le chagrin avec la perte de sa femme. Chagrin présent ou à venir dans la vie de ceux qui l’accompagnent. Dans ce trio qu’ils forment –John, l’oncle Gus et la voisine Morgan – ils ont tous besoin les uns des autres en un sens, un peu secoués, un peu seuls, un peu à l’écart. Pas si loin pourtant, il y a une petite ville de l’Amérique profonde et raciste. Les vieux démons rodent toujours. Et lorsqu’un homicide à nature homophobe est commis, c’est un roman critique contre l’intolérance qui se dessine. Une intolérance en cachant une autre, le racisme pointe. Le drame pénètre plus profondément l’univers de John Hunt lorsque le fils d’un de ses amis d’université vient le voir pour manifester contre ce crime homophobe. L’intolérance toujours, mais au sein d’une famille, et puis aussi entre communautés. Progressivement, le ton monte, la violence aussi et les personnages brûlent de l’intérieur. Blessés est un roman simple et bon qui arrive à faire vivre des personnages denses, à les immiscer dans des situations banales et intenses à la fois. Percival Everett a un talent certain pour créer une atmosphère d’intimité entre ses personnages et le lecteur et une grande habileté à livrer les méandres complexes de ses personnages avec subtilité, à partir d’évènements parfois microscopiques. Blessés est tout simplement un bon livre.
Effacement (++++)
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Thelonious Ellison Monk est un écrivain exigeant dont la production romanesque s’écoule difficilement en raison de sa complexité. Son ambition de recherche et d’excellence artistique l’empêche de suivre les conseils de son agent et de se mettre à l’écriture d’un roman plus authentique et plus vendeur, un roman avec une vraie couleur locale comme le réclament les éditeurs : un roman noir. En effet, Thélonious Ellison Monk est noir. Et si pour lui, sa couleur de peau est un détail dans son existence et dans son activité créatrice, ce n’est pas vraiment le cas pour les autres. Percival Everett s’empare de la question raciale aux Etats –Unis d’un point de vue original, celui de la littérature. Pourquoi un roman noir doit-il suer la violence, le ghetto, l’inculture, la misère, le sexe, la noirceur et un parler haché ? Il montre comment une vision raciale et pernicieuse traverse le monde littéraire outre atlantique et l’Amérique en général. Cette réflexion brillante sur la question raciale se double d’une autre sur le travail d’écriture, le monde littéraire et ses vicissitudes. Le roman est traversé de questions concernant l’acte créateur, l’économie du livre, la cuisine des maisons d’édition et des prix littéraires, le rapport des écrivains à l’argent. Il est d’une honnêteté et d’une lucidité terrible sur la couleur de peau et sur l’écriture. C’est un roman qui creuse ces pistes pour appuyer là où ça fait mal sans donner de lecture manichéenne. Lorsque Thélonious Monk Ellison accepte de vendre son exigence pour écrire un livre noir à l’immense succès, Percival Everett ouvre la voie à un complexe jeu d’imposture qui est impitoyable pour le héros. La farce se retourne contre Monk, et si le chef d’œuvre de sa vie d’écrivain, c’était ce pastiche que personne n’a vu comme tel ? Et si la voie du succès ne s’offrait à lui que dans ce pervertissement de son art ? Avec le succès, voici venu l’argent qui soulage Monk Ellison de tous ses problèmes matériels, ô ironie….Il ne faut pas voir dans effacement un livre à destination d’écrivains. Percival Everett introduit toutes ces problématiques au sein d’une histoire familiale riche qui donne corps à chaque interrogation et offre des caisses de résonnance. La famille de Monk est en déliquescence. Sa sœur meurt, son frère révèle son homosexualité et sa mère s’enfonce dans l’Alzheimer alors que le secret de son père décédé remonte à la surface. Solitude de Monk face à ses évènements, souvenirs qui affluent pour éclairer le présent, mais aussi révéler la nature profonde de l’écrivain. Ces histoires de famille disent aussi le tabou, le secret dans la famille, les luttes d’influences et d’amours, le désir de reconnaissance, les destinées différentes. Un roman noir caricatural au milieu d’une réflexion romancée sur l’écriture et la question raciale elle-même enchâssée dans un roman familial, voilà la prouesse de Percival Everett qui démontre ici un art formidable de la pensée et de la narration. Son personnage principal Thélonious Monk Ellison est une merveille de détachement, de désabusement et de solitude qui touche le lecteur et l’interpelle avec élégance, distance, humour érudition et profondeur. Brillant.
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