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Apperry, Yann
Farrago (+++)
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1973, Farrago, une petite ville paumée quelque part dans les collines de la Californie du Nord, est le décor de ce roman. C’est le genre de bourgade qui n’est pas morte, mais plus vraiment vivante, au ralenti, à l’écart du monde, animée de sa propre logique et de ses propres convulsions. Là vit Homer Idewilde, un orphelin sans éducation et simple d’esprit au premier abord, devenu un vagabond au grand coeur. C’est de ses aventures dont il s’agit ici, comment cet errant s’est forgé un destin, entre coups de bol et malentendus, comment il est devenu un autre homme en apprenant à raconter sa vie et à l’appréhender. Yann Apperry a écrit un grand roman américain dans la plus pure tradition. Il a créé pour le lecteur la ville de Farrago, sorte de bout du monde déchu dépaysant pour le lecteur et cadre idéal pour faire évoluer ses personnages tous plus iconoclastes les uns que les autres. Farrago devient une ville vivante au fur et à mesure qu’Homer la raconte et surtout la peuple de tous ces gens mêlés à son histoire. De Duke, le noir borgne qui vit dans une décharge, frappé par une lumière venue de nulle part, à Fausto le mystérieux épicier spirituel qui confesse toute la ville et poste régulièrement des dizaines de lettres en passant par Ophélia la prostituée au grand cœur et ses rêves d’Hollywood ou encore Elijah, le vagabond têtu avec ses projets de forge et sa maison héritée de sa grand-mère, c’est une multitude de personnages attachants et épais qui nous sont dévoilés au fur et à mesure, tragiques et comiques tour à tour, mais tous forts, présents et porteurs d’une certaine vérité. Ces personnages, la grande réussite de Yann Apperry, se mêlent aux aventures d’Homer, à ses souvenirs pour construire une espèce de légende, belle et simple, avec de véritables éclats d’émotions. A la fin, je ne révèle rien, tout sera différent, chacun aura trouvé sa voie et Homer aura raconté une histoire formidable, la sienne et celle de tous ces gens, de cette ville que le lecteur verra sous un autre jour. Le roman de Yann Apperry se distingue de la production littéraire française actuelle par sa farouche volonté de récits et d’histoires, d’aventures et de personnages. A l’américaine. Entre drôlerie et tragédie, le livre est une réussite qui se targue en plus de réflexions sur le destin et surtout sur la possibilité de concevoir son récit personnel. Dans quelle mesure est-il possible d’appréhender, de lire sa propre vie, sa propre trajectoire, de la dire et de son importance. Pour ceux qui ne veulent plonger si loin, le récit à la première personne d’Homer, piquant de petites réflexions pertinentes sur le quotidien, les choses de la vie, drôle et touchant de simplicité, de naïveté et de couleurs, suffira pour parler de réussite. Bon livre.
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